Le projet de réhabilitation du parking Jacques Brel est revenu devant le Conseil municipal. Nous avons voté contre l’autorisation donnée au maire de déposer le permis d’aménager.
Pourquoi ? Non pas parce que nous refusons toute rénovation de ce parking, ni parce que nous sommes opposés à la désimperméabilisation ou au développement de l’énergie solaire. Au contraire, ces objectifs vont dans le bon sens.
Mais le projet présenté par la majorité municipale repose sur un choix que nous contestons : supprimer les arbres adultes qui ombragent aujourd’hui le parking pour réaménager entièrement le site, puis recréer de l’ombre avec de jeunes plantations et des ombrières photovoltaïques.
À cela s’ajoute une question essentielle : est-ce vraiment là que doivent aller aujourd’hui plus de 1,2 million d’euros d’investissement communal, alors que nos écoles ont besoin d’être adaptées aux fortes chaleurs comme au froid hivernal?
Un parking à rénover, mais pas à n’importe quel prix
Le parking Jacques Brel compte plus de 150 places. Il est aujourd’hui bordé d’une quarantaine d’érables adultes et de cinq alisiers, qui lui procurent un ombrage important.
Nous ne nions pas les problèmes liés aux racines qui ont, à certains endroits, déformé le revêtement. Des travaux sont nécessaires.
Mais faut-il pour autant repartir de zéro ?
Le projet municipal prévoit une réfection des voiries et des stationnements, une nouvelle gestion des eaux pluviales avec désimperméabilisation, davantage de végétalisation, une modernisation de l’éclairage et l’installation d’une ombrière photovoltaïque.
Plusieurs de ces objectifs sont parfaitement légitimes. Notre désaccord porte sur la manière de les atteindre.
Nous défendons depuis le début une autre approche : conserver les arbres en bonne santé, remplacer uniquement ceux qui seraient réellement malades ou dangereux, agrandir les espaces de pleine terre à leur pied, traiter les racines affleurantes, utiliser des revêtements perméables et compléter la végétalisation lorsque cela est nécessaire.
Autrement dit : désimperméabiliser sans commencer par supprimer l’ombrage naturel qui existe déjà.
Des arbres en bonne santé… qu’il faudrait pourtant abattre ?
C’est l’un des points qui nous interroge le plus depuis le début de ce dossier.
Au fil des présentations du projet, les explications données sur l’avenir des arbres ont évolué. Il a d’abord été question de les conserver « autant que faire se peut ». Il nous a ensuite été expliqué que l’installation des ombrières photovoltaïques était incompatible avec leur maintien, puis que les arbres étaient malades. Un rapport sur l’état sanitaire des arbres a alors été invoqué, rapport qui est gardé confidentiel. La commission d’accès aux documents administratifs (CADA), que nous avons saisie, a clairement soutenu notre position : un tel document d’expertise est une donnée publique qui doit être publiée. Le refus de communiquer ce document est un véritable pied de nez fait aux principes mêmes qui régissent le fonctionnement de notre démocratie. Vous trouverez ci-joint la réponse de la CADA à notre demande.
Car avant d’abattre des dizaines d’arbres adultes, une décision par nature irréversible, il nous semble normal que les Villebonnaises et les Villebonnais puissent connaître précisément leur état sanitaire et les raisons qui empêcheraient de les conserver.
Nous avons par ailleurs consulté un expert indépendant. Son analyse est que ces érables d’environ quarante ans ne sont pas des arbres arrivés en fin de vie. Il relève notamment un stress hydrique qui pourrait être combattu en redonnant davantage de surfaces perméables à leur pied.
C’est précisément ce que nous proposons.
La loi impose-t-elle vraiment de remplacer les arbres par des panneaux photovoltaïques ?
La loi APER sur les énergies renouvelables a régulièrement été invoquée dans ce dossier. Cette loi impose l’installation d’ombrières photovoltaïques sur les parkings dans un certain nombre de cas et exclut de cette obligation les parkings déjà ombragés, ce qui est le cas du parking Jacques Brel. Seuls quelques arbres manquent pour respecter strictement les obligations.
Nous sommes évidemment favorables au développement de l’énergie photovoltaïque. Mais installer des panneaux solaires ne devrait pas conduire automatiquement à supprimer des arbres adultes lorsqu’un parking bénéficie déjà d’un important ombrage naturel.
Le débat du Conseil municipal a d’ailleurs fait apparaître une autre question : qu’en est-il des autres grands parkings de la commune, et en particulier celui du centre de loisirs, qui est complètement imperméable et pas du tout ombragé ? Réponse du maire : sans injonction ferme de l’État, aucun effort ne sera fait pour le mettre en conformité avec la loi APER.
Plus de 1,2 million d’euros : est-ce aujourd’hui la priorité ?
C’est désormais, à nos yeux, une question centrale.
Le coût annoncé du projet dépasse 1,2 million d’euros. La subvention demandée au titre de la Dotation de Soutien à l’Investissement Local (DSIL) a été rejetée : le dossier a dû être jugé non prioritaire. D’autres entités, comme l’Agence de l’eau pour la gestion des eaux pluviales, devraient être sollicitées.
Pendant ce temps, plus de 1 700 personnes ont signé la pétition demandant de revoir le projet et de préserver les arbres du parking Jacques Brel.
Dans les nombreux échanges que nous avons eus avec les habitantes et les habitants, une autre préoccupation revient régulièrement : pourquoi consacrer une telle somme à ce parking plutôt qu’à la rénovation thermique de nos écoles et de nos bâtiments publics ?
La question a pris une dimension très concrète avec les épisodes de forte chaleur.
Fin juin, les écoles ont été fermées en raison de la canicule. Le premier adjoint a alors présenté cette fermeture comme une réponse permettant de protéger les enfants et les personnels.
Mais fermer ponctuellement les écoles lorsque les températures deviennent insupportables ne peut pas constituer une politique d’adaptation à long terme. La véritable question est celle du confort thermique des bâtiments scolaires.
Mieux isoler les écoles, protéger les bâtiments du rayonnement solaire, améliorer leur ventilation et leur capacité à rester frais pendant les épisodes de chaleur : voilà des investissements qui amélioreront directement les conditions d’accueil des enfants et de travail des personnels.
Et une meilleure isolation ne sert pas uniquement l’été : elle permet également de réduire les besoins de chauffage et les dépenses énergétiques pendant l’hiver.
Adapter Villebon au changement climatique : soyons cohérents
Au fond, le débat sur Jacques Brel dépasse largement la question d’un parking. Il pose la question de notre stratégie d’adaptation au changement climatique.
D’un côté, nous avons des arbres adultes qui procurent déjà de l’ombre et participent à la régulation de la température. De l’autre, nous avons des bâtiments publics, notamment scolaires, qui doivent être mieux adaptés aux épisodes de chaleur de plus en plus fréquents.
Nous pensons donc qu’il faut établir des priorités.
Oui à la désimperméabilisation des sols.
Oui au développement du photovoltaïque là où il est pertinent.
Oui à une rénovation du parking Jacques Brel budgétairement soutenable et qui accompagne les arbres existants dans leur développement.
Mais non à une logique qui conduirait à abattre des dizaines d’arbres adultes.
Et surtout, nous estimons que la rénovation thermique des écoles doit passer avant un réaménagement à plus de 1,2 million d’euros d’un parking qui bénéficie déjà d’un important ombrage naturel.
Le projet n’est pas encore engagé : il est encore temps de le revoir
Le débat du Conseil municipal nous a également appris un élément important : contrairement au calendrier précédemment évoqué, les arbres ne seront pas abattus au mois d’août.
La municipalité a indiqué que le projet devait encore passer par les différentes étapes de la commande publique et que les consultations des entreprises seraient lancées prochainement ou à la rentrée, pour un démarrage des travaux envisagé en fin d’année.
Il est donc encore temps de revoir le projet.
Nous demandons à la municipalité de mettre à profit ce délai pour rendre publiques les expertises concernant les arbres, présenter précisément les différentes variantes étudiées et leur coût, examiner une solution préservant les arbres en bonne santé et ouvrir enfin une véritable concertation avec les habitants.
La mobilisation autour de Jacques Brel ne traduit pas un refus de tout changement. Elle exprime au contraire une attente simple : faire mieux avec l’existant, protéger notre patrimoine arboré et utiliser l’argent public là où il est aujourd’hui le plus utile.
C’est cette position que nous continuerons à défendre.
