Le futur Centre Technique Municipal (CTM) est un équipement nécessaire pour notre commune et pour les agents qui y travailleront. Mais entre le projet annoncé et sa réalisation, les chiffres et le calendrier évoluent fortement. Son coût prévisionnel atteint désormais 10,4 millions d’euros, soit environ 1,1 million de plus que prévu initialement. Et ce montant pourrait encore évoluer après les appels d’offres. Lors du Conseil municipal, nous avons donc demandé des explications précises sur cette augmentation et sur un calendrier qui nous paraît particulièrement optimiste.
Un projet nécessaire que nous ne remettons pas en cause
Commençons par être clairs : nous ne contestons pas la nécessité de construire un nouveau Centre Technique Municipal.
Cet équipement, prévu depuis le mandat précédent, doit permettre aux services techniques de travailler dans de meilleures conditions et de disposer de locaux adaptés à leurs missions.
Notre interrogation porte donc non pas sur l’utilité du CTM, mais sur la manière dont un investissement de cette importance est programmé, chiffré et suivi.
En juin 2024, le Conseil municipal avait approuvé une autorisation de programme d’environ 9,4 millions d’euros.
Deux ans plus tard, après l’avancement des études, la majorité demande de porter cette enveloppe à 10 442 110,60 euros, soit une augmentation d’environ 1,1 million d’euros.
Une évolution du coût d’un projet de cette ampleur au fur et à mesure des études n’a rien d’exceptionnel.
Encore faut-il pouvoir expliquer précisément pourquoi.
1,1 million d’euros supplémentaires : pour quoi exactement ?
Plusieurs raisons ont été avancées par la municipalité pour expliquer cette augmentation.
Le projet a évolué à la demande des services et du maître d’œuvre : ajout d’un quai de déchargement, évolution de l’aménagement d’un patio, remplacement de la géothermie par davantage de panneaux photovoltaïques, ajout d’une mezzanine de stockage et d’un système d’aspiration pour l’atelier menuiserie.
À cela s’ajouterait l’évolution du prix des matériaux depuis 2024.
Certaines de ces modifications peuvent être parfaitement justifiées.
Nous avons par exemple indiqué en Conseil municipal qu’un quai de déchargement paraît tout à fait pertinent pour le fonctionnement quotidien d’un centre technique.
Mais justement : s’il est nécessaire, pourquoi n’avait-il pas été identifié dès la programmation initiale ?
S’agit-il d’un besoin nouveau ou d’un élément qui aurait dû être prévu dès la conception du programme ?
Cette question n’est pas anecdotique. Lorsqu’un projet gagne plus d’un million d’euros en cours d’études, il faut pouvoir distinguer ce qui relève de l’inflation, de contraintes imprévisibles et de véritables nouveaux besoins, de ce qui résulte d’évolutions du programme initial.
Géothermie, photovoltaïque : combien coûte réellement le changement ?
Nous avons également interrogé la majorité sur le changement de solution énergétique.
Le projet prévoyait initialement de la géothermie, avec du photovoltaïque en option. La géothermie a finalement été abandonnée et la surface de panneaux photovoltaïques prévue a été doublée.
Le choix du photovoltaïque peut parfaitement se défendre, notamment si la production électrique peut bénéficier à d’autres bâtiments municipaux grâce à l’autoconsommation collective.
Mais là encore, notre question était financière : quel est le coût de la nouvelle solution par rapport à celui de la géothermie qui avait été budgétée initialement ?
Il nous a finalement été répondu que le photovoltaïque coûterait davantage, ou peut-être pas, en fonction des réponses aux appels d’offres.
Plus généralement, nous avons demandé une ventilation précise des 1,1 million d’euros d’augmentation : combien pour les nouveaux équipements ? Combien pour les modifications techniques ? Combien pour le changement de solution énergétique ? Combien pour l’évolution générale des prix de la construction ?
Cette ventilation n’était pas disponible pendant le Conseil municipal.
La majorité s’est engagée à nous la transmettre.
Nous attendons donc ces éléments, indispensables pour comprendre comment le projet est passé de 9,4 à 10,4 millions d’euros.
Un coût de 10,4 millions… qui n’est toujours pas le prix définitif
Il faut par ailleurs être précis sur un point : les 10,4 millions d’euros ne constituent pas encore le coût définitif du CTM.
Lors du Conseil municipal, il nous a été expliqué que ce montant repose toujours sur les estimations des bureaux d’études.
La consultation des entreprises est en cours et ce sont les réponses aux appels d’offres qui permettront de connaître le véritable prix du projet.
La majorité l’a d’ailleurs reconnu : selon les offres reçues, le montant pourra être inférieur… ou supérieur à l’estimation actuelle.
C’est une incertitude importante.
Nous avons donc demandé ce que ferait la municipalité si les offres dépassaient à nouveau sensiblement l’enveloppe.
La réponse a été qu’une décision serait prise en fonction des résultats et que la commune dispose notamment de la possibilité de déclarer un marché sans suite lorsque les conditions le justifient.
C’est une précaution nécessaire.
Mais elle montre aussi que, malgré le passage de 9,4 à 10,4 millions d’euros, les incertitudes financières ne sont pas encore derrière nous.
En 2025, seulement une petite partie des crédits programmés a été consommée
Nos interrogations portent également sur le calendrier.
Elles ne sont pas nouvelles.
Lors des débats budgétaires précédents, nous avions déjà alerté sur le décalage entre les crédits programmés pour le CTM et l’état réel d’avancement du projet.
Les chiffres de 2025 nous ont malheureusement donné raison.
Environ 2,1 millions d’euros de crédits de paiement avaient été prévus pour 2025. La consommation effective n’a finalement été que d’environ 285 000 euros, soit à peine plus de 13 % du montant programmé.
Ce décalage est considérable.
Il ne signifie évidemment pas que l’argent a été « perdu » : les crédits sont reprogrammés au fur et à mesure de l’avancement de l’opération.
Mais il révèle un problème de fiabilité de la programmation.
Lorsqu’une collectivité présente un calendrier pluriannuel d’investissement, celui-ci doit permettre au Conseil municipal et aux habitants d’avoir une vision aussi réaliste que possible des dépenses à venir.
Entre prévoir 2,1 millions d’euros et en dépenser finalement 285 000, l’écart mérite donc d’être interrogé.
Et maintenant, près des trois quarts de l’opération en une seule année ?
Malgré ce retard, le nouvel échéancier présenté par la majorité concentre désormais l’essentiel des dépenses sur 2027.
Environ 7,6 millions d’euros seraient dépensés cette année-là, soit près de 73 % du coût total de l’opération.
La municipalité explique cette concentration par le calendrier du chantier : après l’attribution des marchés et la phase de préparation, les travaux devraient durer environ 16 mois, ce qui conduirait naturellement à concentrer une grande partie des paiements sur 2027.
Cette explication est entendable.
Mais au regard du décalage déjà constaté entre les précédentes prévisions et la réalité, nous considérons que ce nouveau calendrier doit être suivi avec beaucoup de vigilance.
La majorité reconnaît elle-même que le déroulement du chantier dépendra notamment de l’absence de mauvaises surprises pendant les travaux ou de défaillances d’entreprises.
Le calendrier est donc possible. Mais après le retard déjà accumulé, le présenter comme acquis nous paraît prématuré.
Sur un investissement de 10 millions d’euros, la rigueur n’est pas facultative
Un grand projet public évolue. Des besoins apparaissent pendant les études. Les prix changent. Les entreprises peuvent remettre des offres différentes des estimations des bureaux d’études. Tout cela fait partie de la réalité d’une opération de construction.
Notre rôle d’élus d’opposition n’est pas de prétendre le contraire.
Il est en revanche de demander que chaque évolution importante soit expliquée, chiffrée et anticipée aussi précisément que possible.
Aujourd’hui, trois points appellent selon nous une vigilance particulière :
– le coût est passé d’environ 9,4 à 10,4 millions d’euros sans que la ventilation détaillée du million d’euros supplémentaire nous ait été présentée en Conseil municipal ;
– ce nouveau montant reste une estimation, puisque les résultats des appels d’offres ne sont pas encore connus ;
– le précédent calendrier budgétaire s’est révélé très éloigné de l’exécution réelle, alors que le nouveau concentre désormais près des trois quarts de l’investissement sur 2027.
C’est pourquoi notre groupe s’est abstenu lors du vote.
Nous soutenons la réalisation d’un Centre Technique Municipal adapté aux besoins des agents et de la commune. Mais un investissement public de plus de 10 millions d’euros exige un pilotage particulièrement rigoureux, une information transparente du Conseil municipal et un suivi précis des coûts et du calendrier.
Nous suivrons donc attentivement les résultats des appels d’offres, l’évolution du coût définitif du projet et le respect du nouveau calendrier annoncé.
Parce qu’entre la nécessité d’un équipement et la manière dont il est conduit, il y a une exigence qui ne devrait jamais varier : la bonne utilisation de l’argent public.


